Il adopte surtout une posture pédagogique pleine de finesse face au talent et prévient que le sempiternel ressassement du même morceau, de même que la répétition constamment agrémentée de détails dexécution nouveaux, ne sont pas à conseiller à quelquun de réellement doué. Le talent trouve toujours son chemin. Reste à garder présent à lesprit la saisie artistique globale de luvre, et ne pas se cloisonner en la segmentant en étapes impossibles à surpasser ensuite. Diviser, oui, mais pour mieux faire régner lunité.
Matière et mémoire
Le mystère de la dualité humaine na pas échappé à Neuhaus. Ses propos sur la mémorisation, dune pertinence lumineuse, en attestent.
Un pianiste utilise simultanément deux sortes de mémoire : musicale (spirituelle) et musculaire (corporelle). Il est évident que la première, infiniment plus importante, tient le levier de commande, agit en maître et a la deuxème à son service, en qualité de fidèle exécutant. Beaucoup daccidents de piano proviennent du fait que la mémoire spirituelle cède le pas à la mémoire mécanique. Le serviteur travaille nimporte comment pendant que le maître dort. Et Neuhaus de rappeler les quatre façons dapprendre préconisées par Hoffman : au piano avec partition, au piano sans partition, avec partition sans piano, sans piano ni partition.
Maestro ma non troppo
Finalement, quest-ce quun bon professeur ? Cest celui qui, dit Neuhaus, est à la fois historien, théoricien, maître de solfège, dharmonie, de contrepoint et de piano. Celui surtout qui apprend à lélève... à se passer de lui et permet de penser, de travailler et de vaincre les obstacles par ses propres moyens. Neuhaus connaît la vertu deffacement du maître, qui témoigne de laccomplissement de lélève.
Anecdotes
Enfin, louvrage de Neuhaus nest pas dénué dhumour. Quelques anecdotes caustiques et cinglantes vous attendent au détour des pages. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse les découvrir par vous même.