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Travailler depuis le noyau enflammé de l’œuvre. Voilà la conception pédagogique de Neuhaus. D’abord “l’image esthétique”. Ensuite “le son dans le tempo, la concrétisation, la matérialisation de l’image”. Enfin et seulement, “la maîtrise de la technique” pour accomplir l’interprétation. La devise du Maître ? “Tête froide et cœur brûlant”.


Au commencement était le son
L’interprète est celui qui “transforme de l’énergie motrice en énergie sonore”. Le travail du son doit être sa préoccupation majeure, incessante, originelle. Le son est le vecteur du sens, son viatique, l’incarnation de l’œuvre. En dehors du son, point de salut. C’est l’acuité auditive qui détermine l’acuité digitale. L’oreille entend (si possible tout), agence, anticipe, dirige. “Une erreur de sonorité amène, inévitablement, une erreur de rythme”, prévient Neuhaus. Tout est dans tout. Holisme quand tu nous tiens.


Sur le bout des doigts
Bien sûr, l’ouvrage de Neuhaus fourmille de considérations digitales et techniques. Précises et précieuses. Exemples musicaux à l’appui.
La règle de base, universelle et bien connue, s’appelle la division du travail. “On vient à bout des difficultés en divisant le travail, c’est-à-dire en simplifiant le problème. Avec un peu d’imagination tout ce qui est difficile, compliqué, inconnu, insurmontable, peut se réduire à quelque chose d’infiniment plus facile qui est simple, connu et surmontable”. Alfred Cortot ne disait rien d’autre lui aussi.
On jouera également le plus souvent possible au ralenti. Comme au cinéma. Comme un orfèvre. “Le grossissement de l’objet dans l’espace correspond parfaitement au ralentissement du processus dans le temps”. Les bénéfices sont prodigieux. Pour le corps et l’esprit, pour la perception digitale et mentale, pour la mémoire cognitive et kinesthésique, pour l’ancrage émotionnel. On ne dira jamais assez les vertus de la lenteur en musique.
Une fois ces deux préceptes acquis, les préconisations s’enchaînent :
- que le meilleur doigté est celui qui correspond le plus au sens de la musique, même s’il est incommode;
- qu’il faut veiller à faire chanter le cinquième doigt dans un accord main droite;
- que “la meilleure position de la main est celle qui peut être changée le plus vite et le plus facilement”;

Heinrich Neuhaus : l'art du piano
Citations
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