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.Heinrich Neuhaus

Né en Russie en 1888, il étudie notamment à Vienne auprès de Leopold Godovski. Neuhaus enseigna au Conservatoire de Kiev et à celui de Moscou. Il était lié d'amitié avec Szymanovski, Pasternak, Arthur Rubinstein. Neuhaus meurt en 1964.

L’art du piano, Heinrich Neuhaus

Le livre de Heinrich Neuhaus a des allures de MasterClass privée. Prenez place au piano et remettez votre art du clavier entre les mains du maître. D’aucuns déjà en ont tiré profit, et pas des moindres : Richter, Guilels, pour ne citer qu’eux. On s’enorgueillit de prédécesseurs moins célèbres. C’est que Neuhaus est un malin génie qui exauce comme un vœu inavoué le talent de ses élèves. Et si vous-même n’en êtes pas dépourvu, la lecture de son “Art du piano” vous dispensera d’échanger votre métronome contre une lampe à huile.


La pomme de Mozart
Ce qu’il vous faut d’abord, c’est une petite musique de vie, intérieure, en vous. Sentir que, depuis toujours, vous “possédez intérieurement une sorte de musique”. Comme un appel. Alors c’est que vous êtes musicien et que “l’image esthétique” d’une œuvre vous sera visible et audible. Cette image, dit Neuhaus, c’est le sens de l’œuvre, son contenu, sa poésie. Tout le reste découle de là. Conscient de “l’image esthétique”, vous saisirez l’œuvre dans sa totalité, son essence, et la digitalité ne sera plus qu’un médium ancillaire. Neuhaus rapporte que Mozart, à qui un ami lui demandait comment il composait, aurait répondu “qu’au moment où prenait naissance, dans son esprit, une nouvelle symphonie, il s’enflammait au point qu’il lui semblait l’entendre en entier, du début jusqu’à la fin, le tout d’un seul coup, simultanément, en un instant. Qu’elle avait la même réalité qu’un pomme qu’il aurait tenue dans la main.” Flash holistique, arc en ciel auditif. Aux physiciens la pomme de Newton, aux musiciens celle de Mozart.


Ebullition et tête froide
La métaphore ne s’arrête pas là. A un élève nonchalant, Neuhaus explique comment faire du temps un allié : “Imaginez que vous devez faire bouillir une casserole d’eau. Il faut pour cela mettre la casserole sur le feu et ne pas l’enlever avant ébullition. Tandis que vous, vous faites monter la température à 40 ou 50 degrés et vous éteignez pour vous occuper d’autre chose. Puis vous la remettez sur le feu sans songer que l’eau a refroidi. En fin de compte, excédé, vous vous apercevez que vous avez perdu votre temps sans résultat et diminué votre tonus de travail.”

Heinrich Neuhaus : l'art du piano
Citations
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