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On voit tout l’intérêt qu’il y a à s’abriter derrière l’autovalidation de l’énonciation. Et Daniel Bougnoux met en garde contre certaines pratiques médiatiques qui déjouent les règles de véracité en abusant de cette pragmatique de l’énonciation : “Une précaution ordinaire des journalistes qui n’ont pas le loisir de vérifier ou de citer leurs sources consiste à abriter leur discours sous un préambule du genre : “On rapporte dans les milieux bien informés que…”, ou : “Une rumeur court selon laquelle…” Pourquoi l’information ainsi chapeautée est-elle contraire à toute déontologie ? Parce qu’elle est automatiquement vraie, ou non falsifiable.”

Après la relation et l’énonciation, le dernier élément qui complète la chaine autoréférentielle de la communication est l’indice. Partant de la définition de Pierce qui fait de l’indice un “fragment arraché à l’objet”, Bougnoux précise que l’indice appartient au champ de l’énonciation. L’indice n’est pas une chose énoncée, mais une chose énonciante ; il est du côté du réel et non du langage.
Partant de là, une communication par l’indice peut clarifier le message, tout comme elle peut le surcharger.
L’indice clarifie et nous est utile, précise Bougnoux, “pour déchiffrer les messages où, d’aventure, l’énonciation se trouve contredite par l’énoncé (que nous percevons alors comme une dénégation)”. Par exemple : “C’était délicieux, vraiment!” (en rendant l’assiette pleine) ou : “Échec et mat mon pauvre vieux, je suis absolument désolé” (avec un sourire triomphal)”. Ici Bougnoux met l’énoncé entre guillemets et l’indice entre parenthèses. “Ce partage typographique distribue clairement le dire et le montrer” précise t-il.
Mais l’indice peut également, tout en favorisant la communication phatique, brouiller les repères sémiotiques : “Opérateur de contact, de masse et de communauté, cette communication indicielle établit des relations réversibles, mais elle confond : contenu et relation (…), message et médium (…), émetteur et récepteur (…), carte et territoire(…), partie et tout”.
Réalité à part, ni tout à fait langage ni tout à fait image, l’indice mérite une sémiotique propre que l’auteur appelle de ses vœux.

Enfin, pour clore son exploration, Bougnoux décrypte le maillage qui s’opère dans les champs médiatiques et journalistiques entre les modalités informationnelle, relationnelle ou indicielle de la communication.

Heinrich Neuhaus : l'art du piano
Citations
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