Autre implication de la clôture informationnelle : le sujet est libre de prendre en considération ou non une information. "On réservera le concept dinformation à ce quon a toujours le droit dignorer, de retenir, dinterpréter ou de trahir
Avec linformation on a le choix de la réponse." En cela le message informatif diffère de la relation stimulus-réponse.
Enfin, la clôture informationnelle signale le symptôme psychique du contentement, de la suffisance, voire de lesprit borné. Il arrive régulièrement que lon sen tienne à ce que lon sait déja, sans souci de linconnu, de létranger ou de linédit. Le savoir cultive comme il sclérose. "Combien de gens sur les grands sujets philosophiques, moraux ou politiques, ont leur religion faite ? On ne les en fera plus sortir. La forme de nos informations durcit au fil du temps, comme nos cartilages ou nos artères, et nous sommes tous menacés de ne détenir quune culture périmée, obsolète : nos chères connaissances, si difficiles à acquérir, font désormais obstacles aux autres."
On pourrait ici, en marge du texte de Bougnoux, avancer une hypothèse. Que la conscience, qui a payé cher ce quelle sait (en temps, en effort mental et cognitif, en sociabilité, en compromis plus ou moins assumés, en dépenses financières, etc
) cherche à le rentabiliser jusquau bout. Loi du retour sur investissement. La conscience est actionnaire de son savoir. Une bonne partie de la problématique de la conduite du changement est là : dans cette possession du savoir comme crispation, tenue de siège, thésaurisation narcissique. Je suis ce que je sais. De lindividu comme forteresse cognitive.
Au commencement était la relation.
Avant tout échange informatif, le contact inaugure la communication. Primauté physique et chronologique. Primauté herméneutique et logique aussi. Car avant même que les sujets ne commencent à se dire des choses, cest le contexte de la communication qui va déterminer "comment" prendre et comprendre les messages. Une conversation avec son dentiste nest pas un entretien hiérarchique, qui nest pas une discussion entre amis, qui nest pas un chuchotement à une oreille amante. À chaque situation, le cadre de la communication, cest-à-dire le contexte et la disposition des acteurs, génère la "portée" des messages.